Pendant plus de soixante ans, Mercury s’est efforcée de répondre à une question à laquelle Ford ne lui a jamais vraiment permis de répondre : qu’est-ce qu’une Mercury, au juste ? Située entre la Ford de tous les jours et la prestigieuse Lincoln, la marque disposait d’une marge de manœuvre suffisante pour se forger une identité qui lui soit propre. Elle y est parfois parvenue. Mais le plus souvent, elle s’est contentée d’une nouvelle calandre et d’un badge différent sur un modèle sorti de la même chaîne de production que la voiture de la voie d’à côté. Voici dix voitures qui ont véritablement justifié l’existence de Mercury et dix autres qui vous ont fait vous demander pourquoi Ford s’était donné cette peine.
1. Mercury de 1949
La Mercury de 1949 est la voiture qui a contribué à lancer l’engouement de la scène hot rod pour la marque. Sa ligne de toit, son allure et ses proportions se distinguaient suffisamment des modèles Ford d’après-guerre classiques pour que les préparateurs y voient quelque chose d’exceptionnel. James Dean a contribué à en faire une icône, mais la voiture avait déjà tout pour plaire : élégante, rebelle et juste ce qu’il fallait de danger.
2. Turnpike Cruiser de 1957
La Turnpike Cruiser de 1957 était extravagante, même selon les critères des années 1950. Avec sa lunette arrière escamotable, ses montants A inclinés vers l’avant et ses détails stylistiques inhabituels, elle ressemblait davantage à un concept-car qu’à une voiture familiale classique. Aucun autre modèle de la gamme Ford ne lui ressemblait, ce qui en faisait une Mercury à part entière et indéniable.
3. Cougar (1967-1970)
La Cougar de première génération partageait ses origines avec la Mustang, mais elle affichait davantage de sobriété et de retenue. Plus large, plus lourde et plus élégante, elle dégageait une atmosphère de luxe personnel plutôt que l’esprit typique d’une « pony car ». Son titre de « Voiture de l’année 1967 » décerné par Motor Trend a prouvé que Mercury avait créé bien plus qu’une simple Mustang allongée.
4. Aileron anti-tourbillon 1969-1970
La Cyclone Spoiler a véritablement conféré à Mercury une crédibilité digne d’une « muscle car ». Ses finitions inspirées de la NASCAR, son moteur 428 Cobra Jet en option et sa carrosserie axée sur la compétition lui conféraient une détermination que peu de Mercury avaient jamais affichée. Il ne s’agissait pas simplement d’une touche sportive ajoutée à un coupé ordinaire. Elle avait un but, et ce but, c’était la vitesse.
5. Gamme de modèles pleine grandeur (1961-1963)
Les Mercury de grande taille du début des années 1960 ont donné à la marque l’une de ses identités les plus marquantes. Leur carrosserie plus longue et plus basse, leurs lignes de toit uniques et leurs intérieurs plus distinctifs les distinguaient nettement de Ford. Pendant une brève période, Mercury est apparue comme une marque dotée d’un langage stylistique propre, plutôt que comme le résultat d’un compromis au sein du groupe.
6. Mercury (1952-1954)
Les Mercury de 1952 à 1954 étaient épurées, harmonieuses et d’une beauté discrète. Elles ne misaient pas sur un style spectaculaire pour se démarquer, mais n’en affichaient pas moins une allure cohérente et réfléchie. Leurs proportions se distinguaient suffisamment de celles de Ford pour que les deux marques ne puissent pas être confondues, ce qui était exactement ce dont Mercury avait besoin.
7. S-55 de 1963
La S-55 de 1963 a permis à Mercury de proposer une voiture de sport pleine grandeur dotée d’une véritable substance. Avec son V8 de 6,8 litres, ses sièges baquets et sa console centrale, elle affichait une véritable vocation sportive, bien plus que de simples améliorations esthétiques. Elle a fait son apparition juste avant l’essor des « pony cars » et offrait une autre vision de la performance à l’américaine.
8. 1966-1967 Park Lane
Les Park Lane de 1966 et 1967 se rapprochaient du niveau des Lincoln sans pour autant prétendre en être. Son confort de conduite, la qualité de son habitacle et son style affirmé lui conféraient une véritable allure haut de gamme. La version cabriolet était particulièrement remarquable, et elle reste l’une des voitures américaines les plus méconnues de cette décennie.
9. Montego MX de 1968
La Montego MX de 1968 affichait l’une des plus belles silhouettes parmi les berlines de taille moyenne de Mercury. Sa ligne de toit fastback conférait à ce modèle deux portes une allure épurée, tandis que la finition MX apportait juste ce qu’il fallait de raffinement pour donner à la voiture un aspect soigné. On avait l’impression que son concepteur avait un véritable objectif esthétique en tête.
10. Marquis de 1970
En 1970, la Marquis était devenue une Mercury pleine grandeur dotée d’une véritable prestance. Son style était suffisamment audacieux pour rivaliser avec celui de Lincoln, et la version Brougham offrait un confort et des finitions bien supérieurs à ceux d’une simple Ford relookée. Elle montrait ce que Mercury pouvait être lorsque la marque se permettait de se montrer véritablement ambitieuse.
Et voici maintenant 10 modèles qui n’ont pas fait beaucoup d’efforts.
1. Mercury Bobcat
La Mercury Bobcat était pour l’essentiel une Ford Pinto dotée d’un avant légèrement différent, ce qui explique en grande partie le problème. Quelle que soit la réputation de la Pinto, la Bobcat en a hérité. Les différences esthétiques étaient si minimes que le logo Mercury donnait moins l’impression d’une amélioration notable que d’une simple légère augmentation de prix.
2. Mercury Comet, 1971-1977
Les Comets précédentes avaient un certain charme, mais la version produite entre 1971 et 1977 ressemblait beaucoup trop à la Ford Maverick. Elle partageait avec celle-ci la même plateforme de base, la même structure de carrosserie, les mêmes portes et le même caractère général. Les modifications apportées aux finitions ont permis à Mercury d’ajouter un argument de vente dans sa brochure, mais elles n’ont pas suffi à créer un modèle distinct.
3. Topaze mercurielle
La Mercury Topaz était pratiquement une Ford Tempo rebaptisée Mercury. Elle partageait la même plateforme, le même groupe motopropulseur, la même architecture intérieure et la plupart des panneaux de carrosserie. Lorsque les différences entre deux voitures peuvent se résumer à une simple note de bas de page, la version la plus chère a du mal à se justifier.
4. Mercury Mystique
La Mystique a fait son apparition en 1995 en tant que version Mercury de la Ford Contour, une voiture qui peinait déjà à trouver sa place. Comme la Mystique ne se démarquait guère de la Contour, elle donnait l’impression d’être un modèle compétent, mais superflu. Elle n’était pas assez mauvaise pour marquer les esprits, mais pas assez originale pour se démarquer.
5. Tracer au mercure
Dans ses dernières années, la Mercury Tracer n’était guère plus qu’une Ford Escort rebaptisée. Cela posait problème, car l’Escort était déjà en soi une voiture assez banale. La mécanique, les motorisations et le comportement routier étaient pratiquement identiques, ce qui obligeait les acheteurs à payer plus cher pour un simple changement de marque.
6. Mercury Sable, les dernières années
Il faut reconnaître que la Sable originale de 1986 se distinguait par son allure moderne et originale aux côtés de la Taurus. À la fin des années 1990, cependant, cette identité s’était en grande partie estompée. La Sable n’était plus qu’une Taurus dotée d’une calandre en cascade, et ce qui semblait autrefois novateur n’était plus qu’un simple élément décoratif.
7. Mercury Villager
La Mercury Villager n’était pas une copie conforme de la Ford, puisqu’elle provenait d’une coentreprise avec Nissan, mais elle soulevait tout de même une question évidente : que faisait Mercury avec ce modèle ? Elle était certes assez pratique en tant que monospace, mais elle ne donnait jamais l’impression d’être un produit Mercury, ni sur le plan de l’identité ni sur le plan de l’utilité.
8. Mercury Mountaineer
Le Mountaineer était si proche du Ford Explorer que la plupart des comparaisons se résumaient à des détails de finition. Les deux modèles partageaient la même plateforme de base, les mêmes moteurs, les mêmes dimensions et la même vocation. Pour les acheteurs qui préféraient les concessionnaires Mercury, il remplissait son rôle, mais il ne contribuait guère à définir l’identité de la marque.
9. Mercury Capri, 1979-1986
La Capri, produite de 1979 à 1986, était pour l’essentiel une Mustang de type « Fox-body » dotée d’un avant différent et d’un hayon. Certaines versions avaient leur charme, et le hayon apportait un côté pratique, mais la voiture n’est jamais parvenue à sortir complètement de l’ombre de la Mustang. Elle existait parce que Mercury avait besoin d’un modèle sportif, et non parce que la marque avait une vision propre.
10. Mercury Grand Marquis
La Grand Marquis a constitué un dernier chapitre à la hauteur de la marque Mercury. Fiable, confortable et familière, elle partageait toutefois sa plateforme Panther avec la Ford Crown Victoria et la Lincoln Town Car. Au cours de ses dernières années, elle se trouvait dans une position délicate entre ces deux modèles : trop similaire à la Ford pour donner une impression de haut de gamme, et pas assez luxueuse pour ressembler à une Lincoln. Elle était presque quelque chose, ce qui était souvent le problème de Mercury.