Volvo C30 2008 : Certes pas la « VOITURE DE L’ANNÉE »

ESSAIS ROUTIERS par Jacques Duval, février 15, 2008

Par son indigence, ses ressources limitées et la discrétion de ses ventes, le petit constructeur suédois Volvo avait-il les moyens de s’offrir une voiture comme la C30, un coupé 3 portes à hayon qui s’adresse, disons-le, à un marché restreint. La réponse est non, dans la mesure où la marque de Goteborg s’oblige à faire face à des géants comme Audi ou BMW qui, prix pour prix, offrent des voitures qui paraissent infiniment plus désirables que la nouvelle C30.

Desservi en premier lieu par une ligne discutable, ce modèle ne fait pas l’unanimité. Certains l’aiment, d’autres pas, un effeuillement de la marguerite que Volvo n’a pas les moyens de se permettre. En plus, voyons les prix et ceux de la concurrence. Seriez-vous prêt à payer 38 000 $ (le prix de la version T5 mise à l’essai) alors que pour un prix quasi identique, vous pourriez vous procurer la très attrayante Audi A3 ?

Dans la même fourchette de prix, on trouve aussi la version de base de l’Infiniti G35, La Lexus IS 250 et quelques autres valeurs sûres. Ce sont là des comparaisons injustes diront les partisans de la marque puisque ce modèle se présente davantage comme un concurrent de la Mini Cooper, Le hic, c’est que cette dernière est porteuse d’une tradition qui justifie quelque peu un prix que j’ai toujours trouvé par trop élevé. La C30 nous arrive avec pour seul incitatif qu’une immense lunette arrière qui doit évoquer le fameux break P1800 d’une autre époque. Pour l’histoire, c’est peu.

Que les rédacteurs de mon ancien Guide de l’auto aient coiffé cette Volvo de la tiare de « voiture de l’année » me dépasse. Voilà un jugement un peu expéditif qui ne sert qu’à  berner le consommateur en lui faisant prendre des vessies pour des lanternes. Mais, peut-être que Volvo est un bon acheteur de publicité? Quelle affreuse dérive pour une œuvre que j’ai  mis 38 ans à peaufiner et à orienter dans le droit chemin.

Ma rage au cœur évidée, voyons un peu de ce qui cloche et ce qui réjouit dans cette fameuse C 30.

UN EFFET DE LOURDEUR

Ayant toujours eu une préférence marquée pour les voitures légères et compactes, cette Volvo m’a d’abord déçue en me donnant l’impression de tenir le volant d’une auto au gabarit imposant. Cela est sans doute attribuable au pourtour du volant qui, par sa grosseur, crée un effet de lourdeur nettement désagréable. La direction est par ailleurs bien à l’abri de cet effet de couple qui menace toute voiture à traction avant dont le moteur recèle un peu de verve. Cela vaut en conduite tranquille, mais la puissance reprend son droit dès que l’on décide de chatouiller la ligne rouge du compte tours. Même en plongeant dans un virage à toute vitesse, les roues avant sont rudement secouées et un amortisseur de direction eut été un précieux ajout à la C30.

La tenue de route en elle-même est surprenante; le système de contrôle de la stabilité joue fort bien son rôle en maintenant la voiture dans l’axe du virage pour un comportement très neutre.

Le moteur d’origine, un  5 cyl.  2,5 litres de 227 ch. n’est pas parmi les plus sophistiqués de sa catégorie et cela même s’il bénéficie de ce respirateur artificiel qu’est le turbocompresseur. Il n’y a pratiquement pas de temps de réponse, mais il faut néanmoins un peu plus de 8 secondes (8,1) pour atteindre les 100 km/h après un départ arrêté, ce qui me paraît beaucoup pour une auto proposant un rapport poids/puissance très favorable.  En revanche, le turbo joue bien son rôle au moment des reprises et en 5e avec la boîte manuelle, il ne faut que 7,2 secondes pour passer de 80 à 120 km/h en voulant doubler un traînard. Je me dois aussi d’applaudir le levier de la boîte de vitesses à six rapports qui se laisse guider sans le moindre effort ainsi que le freinage impeccablement linéaire et puissant. Grâce à des sièges dont seul Volvo semble avoir le secret, la C30 T5 offre un confort très décent compte tenu de son format.

UN PEU GOURMANDE

En cette époque où les cotes de consommation d’essence sont devenues aussi importantes que les prévisions de la météo, la Volvo C30 déçoit avec une moyenne de 10,4 litres aux 100 km, un chiffre comparable à celui d’une voiture familiale de format moyen.

Au plan esthétique, ce coupé 3 portes s’apparente à une berline dont on aurait tronqué l’arrière, rien de plus. J’ai cherché, sans le trouver, un rideau cache bagages qui vous condamnent à laisser à la vue de tout le monde le contenu du coffre. En plus, la grande vitre du hayon m’a semblé fragile, surtout en hiver. À l’intérieur, l’habitabilité est satisfaisante, quoique le grand six pieds de Claude Gauthier ne résistera pas longtemps à l’exiguïté des places arrière aménagées davantage pour des personnes de taille moyenne.

Le sommaire de cet essai est simple : la Volvo C 30 est à mon avis plus intéressante, parce que beaucoup moins chère, dans sa livrée de base. Lorsqu’elle se mêle de jouer les sportives, l’exercice est hautement discutable et vous amène à des déboursés insensés qui n’auront aucun effet sur la valeur de revente.

Je dirai plus simplement que la C30, sans être une cochonnerie, n’est absolument pas la « voiture de l’année » quoi que l’on en dise ailleurs.