Reportage spécial – Mes aventures en voiture électrique

ESSAIS LONG TERME par Rédacteur invité, février 1, 2017

Jacques Lalanne, collaborateur spécial

Après avoir été propriétaire d’une Mitsubishi i-Miev, puis d’une Nissan Leaf de première génération, Jacques Lalanne, notre collaborateur spécial, nous raconte ses aventures en voiture électrique.

Il y a un an et demi j’ai acheté une petite voiture électrique, que j’ai payé 20 000 $. Je l’avais choisie par le prix et par l’autonomie. Le manuel indiquait une autonomie de 155 km. J’étais sûr d’avoir fait la bonne affaire : je vis dans un village à 50 km de Montréal et à 15 km de la ville voisine. En faisant un calcul simple, j’étais persuadé que je pourrais aller à Montréal participer à mes réunions après avoir rechargé ma voiture à la maison.

Les vendeurs ne connaissent pas les véhicules électriques

En prenant possession de ma Mitsubishi i-Miev, je constate que le compteur m’indique 84 km d’autonomie. Le vendeur m’explique qu’ils ne l’ont pas rechargée à plein! Cependant, j’ai assez d’autonomie pour revenir à la maison. Dans les derniers km, je roule très lentement pour économiser l’énergie de la voiture. J’arrive à la maison sur le … qui apparaît après qu’on a écoulé tous les km. Ouf! je l’avais échappé belle!

Parmi les quatre vendeurs que j’avais consultés, trois m’avaient dit que je pourrais facilement aller à Montréal et en revenir : il s’agissait tout simplement de conduire « pas trop vite » ! Le quatrième, qui en avait utilisé une pendant un mois et qui vivait à Montréal, m’avait dit qu’il rechargeait sa voiture au travail « par précaution ».

Premier hiver électrique

Pendant l’hiver, comme j’étais à l’extérieur du pays, le l’ai prêtée à une amie qui a voyagé facilement à son travail à 35 km de chez elle, en la rechargeant la nuit sur une prise ordinaire de 110 volts.

Autonomie annoncée et autonomie réelle

Quand j’ai repris mon véhicule, j’ai eu la désagréable surprise de devoir recharger ma voiture à Montréal. J’ai rechargé une fois au métro Radisson : j’ai lu pendant quelques heures dans le centre commercial.

Puis j’ai trouvé la borne de recharge rapide à côté du métro Mont-Royal : en moins d’une demi-heure, au tarif de 1 $ par 6 minutes. Je l’ai branchée, je suis allé manger au restaurant; pendant que j’y étais, j’ai reçu un courriel me disant que ma voiture était rechargée à 80 %. J’ai pris mon temps pour savourer mon repas. De retour à la maison, un courriel m’indiquait que la charge m’avait couté 7,50 $. Étonné de ce prix pour 20 minutes de charge, j’ai appelé au Circuit électrique : la recharge est facturée à la minute, aussi longtemps que la voiture est branchée… et non aussi longtemps qu’elle recharge !

J’ai donc pris l’habitude de recharger à cet endroit à chaque fois que je vais à Montréal. Hélas 7 fois sur 10 la machine ne reconnaissait pas ma carte et je devais téléphoner pour faire démarrer la charge à distance. Les fins de semaine, c’est un remplaçant qui rend ce service : parfois ça lui a pris 25 minutes avant qu’il trouve comment déclencher le chargement.

La dernière fois, par chance, j’ai rencontré le technicien qui ajustait la machine. Je lui ai décrit mon problème et il m’a dit qu’il ajusterait le lecteur de carte pour qu’il soit plus sensible!

Détours imprévus

Nous partons de l’Est de Montréal pour aller souper dans un restaurant à Verdun. J’ai 40 km au compteur, amplement pour aller et revenir ! Mais voilà que détour après détour, nous nous retrouvons près du pont Champlain d’où nous devons revenir sur nos pas pour enfin arriver au resto. Il ne me reste que 16 km. Après avoir trouvé la borne la plus proche –à Montréal au centre-ville et non à Verdun—je vais la brancher dans le stationnement d’un édifice à bureau qui a une borne de recharge. Mon gendre, qui me suivait, me ramène au resto. En fin de soirée, il nous laisse à l’édifice. La borne n’a pas rechargé! Je téléphone au numéro indiqué sur la borne : ce sont des choses qui arrivent, le préposé déclenche le chargement à distance. Je dois payer et la recharge et le stationnement! Il fallait m’assurer que le témoin lumineux indiquant que la borne recharge soit allumée. Et sinon, appeler avant d’aller au restaurant. Après une heure de charge, nous reprenons la rue, faisons de multiples détours à nouveau et arrivons tard à la maison!

Deuxième hiver électrique

Le deuxième hiver, je n’étais pas hors du pays, j’ai donc changé de voiture avec mon gendre. Il vit en ville, va travailler et faire ses courses en voiture électrique et épargne sur l’essence!

Erreurs de calcul

Je vais à un rendez-vous à Montréal. Je vais à Laval, où je dois prendre des mesures. Je reviens vers IKEA, où je recharge gratuitement pendant des heures pendant que je choisis et achète des armoires de cuisine. Je me dirige à mon rendez-vous chez le dentiste dans une ville voisine, persuadé qu’il me restera assez de km pour revenir dans mon village. Hélas, le compteur indique alors 3 km et mon village est à 20 km.  Après recherche, il n’y a aucune borne de recharge, ni lente, ni rapide, dans cette ville de 10  000 habitants. Je ne trouve aucune prise de courant autour de ce petit centre commercial. Le gérant du supermarché voisin accepte que je me branche sur une prise dehors. Je recharge pendant 2 ½ heures, j’ai toujours un bon livre à lire, avant de repartir chez moi, où j’arrive avec 2 km!

Perdu dans la nuit

Je vais chez ma sœur qui vit à une demi-heure de route d’ici. J’ai donc assez de km pour aller et revenir. En quittant, elle me dit : « Si tu ne te trompes pas de route, tu seras chez toi vers 22 heure ! » À un embranchement serré, je prends la voie plutôt à droite. Je roule, je roule sur cette route de campagne, je ne reconnais rien. Il n’y a que de la forêt et cette route, qui après 20 minutes m’indique que je roule vers le Nord, alors que je voulais aller vers l’Ouest. Si je rebrousse chemin, j’épuiserai ma batterie, sans doute au milieu de ces forêts.

Je continue donc vers le Nord, espérant trouver une ville bientôt, avec borne de recharge. J’arrive à une ville après 40 minutes de route. L’aimable préposée au dépanneur m’indique où est la borne la plus proche en ville. Il me reste 6 km. Je tourne à gauche, puis à gauche, puis à droite, puis à gauche, j’arrive à un terrain de stationnement derrière une banque. Je demande puis trouve la borne et tente de me brancher : la borne n’accepte pas ma carte : la recharge est réservée aux détenteurs d’une carte privée. Il me reste 3 km, il est 23 heures. Je demande à des passants où est l’hôtel le plus proche : leurs indications sont contradictoires. Un client d’un dépanneur me dit : « C’est compliqué. Suis-moi, je vais t’y conduire! » J’arrive à l’hôtel : merci ! Il me reste 1 km. Je vois à l’extérieur une prise de courant 110 volts. J’y branche ma voiture. J’entre louer une chambre et me réveille le lendemain avec 34 kms d’autonomie. Ce n’est pas assez pour revenir chez moi. Le Circuit électrique indique plusieurs bornes au cégep. Je vais m’y recharger pendant 3 heures, le temps de diner… et de lire un bon livre!

Changer de véhicule

Comme mes déplacements les plus fréquents consistent à aller faire mes courses à la ville voisine, à quelque 15 km, et aller à la grande ville, à quelque 50 km, pour des rencontres, des projets, des réunions, je gagnerais à avoir une voiture qui a une plus grande autonomie. Le calcul est simple : avec un déplacement à l’intérieur de la ville j’ai besoin de 120 km. Je sais maintenant par expérience que l’autonomie annoncée sur le tableau de bord est approximative. Avec une voiture qui affiche 140, je serais bien organisé. Je donne donc ma i-miev légèrement usagée, 18 000 km, et 5 000 $ pour une plus autonome, une Nissan Leaf. En tenant compte du chauffage nécessaire l’hiver, je conclus que je pourrai aller et revenir sans recharger pendant trois saisons et que je devrai recharger à la grande ville l’hiver. Ça me va comme compromis.

Je découvre par expérience que je dois recharger si je fais plusieurs déplacements dans la grande ville. Je peux m’adapter à cette exigence! 

Rareté de bornes de recharge rapide

Oh surprise ! dans une ville de deux millions d’habitants il n’y a qu’une borne de recharge rapide, alors que dans la ville voisine, cent mille habitants, il y en a deux. De sorte que maintenant, la plupart du temps, quand j’arrive à la borne, je suis le troisième ou le deuxième. Cela prolonge radicalement le temps de recharge. Au lieu de vingt minutes, je dois passer une heure et demie la plupart du temps. Comme nous sommes assez souvent les mêmes à attendre la recharge, nous discutons de voitures électriques et nous nous reconnaissons à chaque fois. Franche camaraderie! Maigre consolation!

L’hiver change tout

Quand vient l’hiver tous les calculs sont à refaire. (Autre chose qu’aucun vendeur ne m’a mentionnée.) Je l’ai appris ainsi : comme il faisait froid, je me réfugie dans un restaurant en attendant le message de recharge terminée avec mon téléphone sur la table. La recharge qui normalement aurait pris vingt minutes a pris plus d’une heure, et au lieu de 3 $ m’a couté 10 $ ! J’appelle le service de recharge : le préposé, qui connaît très bien ce domaine et la réaction des différentes marques au froid, m’explique : « La borne consacre d’abord son électricité à réchauffer votre batterie et ensuite elle peut la recharger. Comme il fait – 20o C aujourd’hui, la recharge prend plus d’une heure. C’est normal! ».

Imprévus imprévisibles

Il fait très froid, j’arrive à la BRCC, le tableau affiche « Hors service ». J’appelle au service de recharge : en dehors du 9 à 17 h c’est une préposée qui ne connaît pas la technique électrique qui répond : elle peut régler des problèmes comme une carte de crédit qui manque de fonds, une borne qui ne déclenche pas malgré l’affiche de carte de crédit acceptée, etc. Mais ne peut rien faire pour une borne hors-service. Je demande l’hospitalité à un ami et couche en ville !

Le lendemain, vers 9 heures, le préposé est surpris d’apprendre que la borne est hors service; je suis le premier à lui en parler. Il doit faire des recherches. Je me réfugie au restaurant, il fait encore – 20o C et j’attends sa réponse. (Je dois prévoir un budget de restaurant!) Une demi-heure plus tard il me demande de retourner à la borne et appuyer sur Démarrer, ce qui déclenche la recharge! Soulagement! Retour au restaurant, nouvelle commande. Après une heure je reçois le message que la recharge est terminée!

Je monte dans la voiture, je n’ai que 40 km d’autonomie et j’en ai besoin de 85 pour retourner chez moi puisqu’il faudra chauffer. Nouvel appel au préposé, nouveau cours technique : « Ce n’est pas la borne qui a mis fin à la recharge, c’est votre voiture, car la borne ne lui fournissait pas assez d’ampérage. » Je vais devenir un expert électro-automobile! Retour au restaurant, nouvelle commande, une heure de recharge et enfin je peux reprendre le chemin du retour chez moi !!!

Et même un remorquage

Je vais voir des amis au fond de la grande ville. Pendant que je suis chez eux je branche ma voiture pour la charger plus, car je n’ai pas assez de km pour retourner chez moi. Je suis parti de chez moi avec 140 km et j’en ai maintenant 55. Et je dois calculer qu’en retournant ce soir il fera plus froid et j’aurai besoin de chauffage.

Quand je suis prêt à partir le compteur marque 75; je devrais en avoir assez pour me rendre à la petite ville près de chez moi où j’ai des courses à faire et où se trouve une borne de recharge rapide, 15 km avant d’arriver chez moi.

Je ne sais par quel motif mais quand je retourne sur cette autoroute j’ai tendance à rouler plus vite; habituellement je roule à 90 km et tous mes calculs sont basés sur cette vitesse. Or, je me rends compte quelquefois je roule à 100 ou 105. Je ralentis alors et roule quelques minutes à 80 pour compenser ma dépense excessive d’énergie! Et on m’a dit que le vent est plus fort dans ma direction de retour!

Tout à coup mon compteur marque 15 km puis uniquement des pointillés. En utilisant mon odomètre quotidien j’évalue que je peux me rendre avec ces 15 km. Et la borne se trouve à 10 ou 12 km; en roulant à 80 km je suis persuadé que je m’y rendrai. Déception! Dans la bretelle qui me permettait de me rendre à la borne, il me manque 1 km. Sans ralentir au pas de tortue, tout à coup la voiture s’immobilise. Je conclus différentes choses dont notamment que conduire un certain temps à 80 pour compenser un certain temps à 100 ne fonctionne pas : les 10 km au-delà de 90 consomment plus d’énergie que les 10 km en bas de 90 km/h. Et aussi que le pointillé qui s’affiche après 15 km ne contient peut-être pas 15 km en réserve ou que la voiture s’arrête avant d’arriver au 0 absolu!

Je téléphone au service de dépannage, j’attends 20 minutes et le remorqueur transporte ma voiture à la borne de recharge rapide.

Une borne qui fonctionne s’il vous plait!

Je me branche à la borne, passe ma carte, la borne se met en marche, fait ses vérifications puis… se débranche. Je fais la manœuvre à nouveau. Je débranche et rebranche ma voiture, j’essaie de nouveau. Après trois fois, j’appelle au service de la borne. La préposée déclenche la recharge à distance, même manège, la borne se débranche elle-même. J’essaie. Elle essaie. Après six essais elle cherche une solution… puis me dit : «Essayez donc une autre fois. Ce sera la septième. On ne sait jamais!» J’essaie à nouveau avec ma carte… et la recharge démarre!

Ce détour, recharge et remorquage inclus, m’a pris une heure et demie. Les magasins sont fermés. Tant pis j’irai faire mes courses demains. Je rentre. 

Excellent véhicule pour la ville et la banlieue

Je raconte mes mésaventures au technicien quand je vais chez le concessionnaire pour faire mettre mes pneus d’hiver. Après mon récit il s’exclame : « Mais ce n’est pas un véhicule pour vous, mon cher monsieur. Vous habitez à la campagne et vous faites surtout de l’autoroute. J’ai suivi un cours de 4 jours sur le fonctionnement et l’entretien des véhicules électriques; je vais vous expliquer.

Voici comment fonctionne l’indicateur de km d’autonomie. Vous rechargez votre voiture à plein. L’ordinateur de la voiture a en mémoire vos déplacements, il sait à quelle vitesse vous roulez d’habitude et si vous freinez souvent ou rarement. Il fait un calcul et vous dit : « À la vitesse où vous roulez d’habitude vous pouvez faire, par exemple 88 km.

Si vous rouliez en ville à basse vitesse, votre batterie se viderait plus lentement, vous pourriez faire plus de km. De plus, comme en ville vous freineriez souvent, votre batterie se rechargerait un peu à chaque freinage. Vous pourriez ainsi rouler toute une semaine sans la recharger. Le 155 km, indiqué dans le manuel, est le maximum possible, que vous pouvez atteindre en ville, quand il fait beau et chaud et que vous n’avez besoin ni de chauffage, ni de climatisation.

Conseils d’un vieux routier branché

  1. Si vous avez de l’argent, achetez une Tesla. Avec une autonomie de 350 km, elle vous mènera partout où vous voulez, en rechargeant votre batterie à l’occasion, quand vous aurez besoin de descendre de la voiture et de vous dégourdir.
  2. Si vous avez deux voitures à la maison, achetez une voiture électrique pour vous transporter dans les courtes distances, comme aller travailler et faire les courses. Utilisez la voiture à essence pour les grandes distances.
  3. Si vous vivez en ville ou en banlieue, achetez une voiture électrique; vous l’utiliserez pour aller travailler et faire vos courses. Quand vous aurez besoin d’une plus grande autonomie, louez une voiture, de préférence de Communauto ou autre groupe de partage d’auto.
  4. Si vous vivez à la campagne, attendez 2018 et alors achetez une voiture électrique à grande autonomie. Vous aurez le choix entre plusieurs marques. Et elles vaudront le cout.

Ainsi, vous ne rechargerez votre voiture qu’à la maison, pendant que vous dormirez.

PS           En faisant votre budget calculez vos dépenses de voiture ainsi : coût de la voiture + coût de l’essence ou plus simplement : mensualité de la voiture + coût mensuel de l’essence. Vous verrez, par exemple que vous préférez payer 400 $ par mois une voiture électrique plutôt que 300 $ comme mensualité + 150 $ par mois d’essence, vidange d’huile et autres frais d’entretien.

En prenant vos décisions, calculez que le nombre de bornes de recharge augmente rapidement; voyez si vous pouvez vous brancher au travail et informez-vous sur les subventions accordées pour acheter une voiture électrique et pour faire installer une borde de recharge 240 volts à la maison.