Hummer H3 2007 : devenez célèbre!

ESSAIS ROUTIERS par Éric Lefrançois, May 22, 2006

Pour devenir célèbre sans casser sa tirelire, il suffit d’appeler la fée Hummer et de lui demander un H3. Avec un physique qui ridiculise pratiquement tout ce qui l’entoure, une capacité de franchissement presque paranormale, ce Hummer est, tant mieux pour nous, abordable et pas trop méchant pour l’environnement. On en veut un ou pas?

Le H3 est, pour plusieurs sans doute, le Hummer rêvé. Une fois de plus, GM sait faire flèche de tout bois. Le H3 est beaucoup moins imposant physiquement, en largeur à tout le moins, que ses concepteurs l’auraient souhaité. En fait, le cahier de charges de ce nouveau modèle, du moins une partie, a été dicté non par des ingénieurs ou des stylistes, mais plutôt par le service de comptabilité de l’entreprise qui, soucieux de rentabiliser l’investissement au plus coupant, a en quelque sorte imposé que le dernier-né de Hummer repose sur l’étroite architecture des camionnettes Colorado et Canyon dont l’usine ne tourne pas à pleine capacité. Les comptables de GM ne manquent pas de pragmatisme considérant l’actuelle situation financière de GM, mais dans les circonstances était-ce la bonne décision à prendre considérant le risque de présenter un véhicule dont les gênes inadaptés pourraient porter ombrage à la marque? L’histoire nous l’apprendra.

Pour l’heure, le H3 suscite, dit-on, déjà beaucoup d’intérêt et, à entendre les concessionnaires de la marque, les carnets de commande sont pleins à rebord. On peut comprendre! Imaginez un peu: 39 995 $ pour un Hummer, n’est-ce pas une véritable aubaine? L’ennui, c’est que, contrairement aux ” autres ” Hummer, celui-ci débarque dans un créneau moins élitiste où le pouvoir d’une marque de commerce comporte un avantage certain, mais n’est pas un gage de succès pour autant. À ce sujet, la carrière en dents de scie de la X-type, la ” Jaguar du peuple ” illustre bien notre propos.

On se procure un Hummer pourquoi au juste? Pour l’image d’abord (dans un sens très large), mais aussi pour ses prouesses hors route qui, pour 95 % des acheteurs, ne demeureront qu’une vue de l’esprit. Pour le reste, le Hummer H3 est un utilitaire comme les autres… Sur le plan de l’espace intérieur par exemple, le H3 offre une meilleure hauteur sous plafond que le Grand Cherokee, plus d’espace à l’arrière que le Pathfinder (deuxième rangée), mais pour tout le reste, le dernier-né de Hummer doit s’avouer vaincu. Surtout au niveau du dégagement pour les hanches ou les épaules, où le H3 concède près de 90 mm à ses concurrents. Pas étonnant qu’après avoir grimpé à bord (les marchepieds ici sont essentiels), on se sente si à l’étroit. Pour ajouter à cet inconfort, ajoutons la petitesse des glaces (et l’immense roue de secours perchée sur le battant arrière) qui rend les déplacements urbains souvent bien pénibles.

Un radar de stationnement aurait été bien utile, mais celui-ci est étonnamment absent du catalogue d’accessoires. Si jamais il était offert, n’hésitez pas une seconde. Procurez-vous-le! Cela dit, reconnaissons au H3 sa capacité de tourner court, comme en fait foi son remarquable diamètre de braquage (11,3 mètres) considérant son gabarit. Confortablement assis dans son siège, les mains posées sur une jante de volant bien grasse, le propriétaire d’un H3 met peu de temps à savourer ce doux plaisir de dominer de la tête aux épaules à peu près tout ce qui roule autour de lui. En revanche, on se désole assez vite du manque criant d’espaces de rangement et du fini un peu trop lustré de certains plastiques.

Taillé pour les sentiers

L’envoûtement opère, mais seulement au ralenti. Dès que le pied droit presse lourdement l’accélérateur, le H3 perd un peu de superbe. Les 220 chevaux de son cinq-cylindres de 3,5 litres font l’impossible pour le propulser hors du champ de vision des badauds, mais on sent bien que ce n’est pas facile. Il faut dire que le poids élevé du H3 ne rend pas la tâche aisée, bien au contraire. Et les reprises sont tout aussi laborieuses. En clair, le H3 apparaît comme sous-motorisé. Conséquemment, ce Hummer incite à une conduite coulée et sage. Et la présence, de série, d’une transmission manuelle à cinq rapports ne permettra pas de tirer meilleur parti de la mécanique. Son seul avantage est de vous faire économiser les 1940 $ exigés pour une boîte automatique à quatre rapports (la concurrence compte majoritairement sur cinq et en plus, elle ne vous facture pas un sou de plus pour l’obtenir). Tant mieux, car ainsi vous pourrez mieux gérer l’essence que ce moteur ingurgite et ne pas vous sentir troublé par son comportement routier qui n’est pas un modèle d’efficacité.

La direction, assez démultipliée merci, manque de précision et incite à bien calculer sa trajectoire en courbe pour limiter au maximum les corrections au volant. Notre modèle d’essai était doté de l’ensemble ” hors-route ” qui, vous l’aurez deviné, ne lui pas rend pas justice sur une route asphaltée. Le H3 se dodeline sur les imperfections, met du temps à s’immobiliser (ses pneus manquent de dents). En un mot, sa conduite ne vous met pas instantanément en confiance. Son gabarit non plus. Assurément solide en tout-terrain, le fabriquant du H3 n’a pas réussi le pari de concevoir un 4×4 qui soit aussi efficace sur route qu’un Nissan Pathfinder et aussi confortable qu’un Jeep Grand Cherokee. Ses concepteurs se sont juste efforcés de lui inculquer les bonnes manières sur route, sans plus. Son comportement pataud engendré par un poids élevé, une direction très démultipliée et une prise de roulis conséquente, le démarque de ses concurrents plus routiers. Le H3 reste un vrai 4×4 de franchissement et son achat n’est justifié que si l’on a un projet de voyage loin de nos contrées bitumées.