Ferrari Scaglietti 612 2008 : le numéro négligé

ESSAIS ROUTIERS par Jacques Duval, janvier 30, 2007

Si l’on tombe en pâmoison devant la nouvelle GTB Fiorano 599 et que l’on vendrait son âme au diable pour rouler dans la F430, la 612 Scaglietti qui arbore aussi l’emblème jaune du cheval cabré est la négligée de la gamme Ferrari. Avouons tout de suite qu’au plan esthétique, ce n’est pas la plus grande des réussites en raison d’une silhouette fade et de dimensions qui excluent d’emblée toute velléité de maniabilité. À ce propos toutefois, je dirai tout de suite que les apparences sont trompeuses. De toute évidence, c’est la plus gigantesque de toutes les Ferrari construites à ce jour avec un poids qui fait peur. Tant de kilos ne sont pas courant dans des voitures de sport, quoique dans le cas de la Scaglietti nous avons affaire d’abord et avant tout à une Gran Turismo.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, l’utilisation du nom Scaglietti est un hommage à un carrossier célèbre qui savait marteler l’aluminium mieux que quiconque et qui réalisa de petits chefs d’œuvre pour la maison de Maranello. Un tel nom peut prêter à confusion mais c’est bel et bien Pininfarina qui dessine encore et toujours les Ferrari modernes, même si la 612 n’est pas sa plus grande réussite.

MANIABILITÉ ÉTONNANTE

Cela dit, la moins populaire des Ferrari ne signifie pas nécessairement que l’on est en face d’une quantité négligeable. J’ai insisté pour en faire l’essai l’été dernier à Mont Tremblant et je suis revenu de cette ballade laurentienne avec une opinion différente de ce que j’aurais cru à prime abord. Même avec le poids de deux passagers en sus des deux tonnes qu’accuse la 612, celle-ci ne souffre pas indûment de son embonpoint et sans être un parangon d’agilité, elle n’est pas aussi démunie qu’on pourrait le croire en circulation urbaine. Il faut dire qu’avec 532 chevaux sous le pied et 434 lb-pi de couple, on a tôt fait de déjouer à peu près toutes les embûches. Présenté comme un quatre places, ce coupé peut accueillir deux passagers à l’arrière sans que ceux-ci ne crient délivrance, à moins que le représentant de Ferrari qui avait choisi (ou accepté) de s’asseoir à cet endroit ait été un masochiste silencieux.

« Le moteur, en laissant une portière ouverte nous fait découvrir cette musique exquise qui est le propre de tous les V12 de la marque. En revanche, en roulant, le bruit est tamisé pour ne pas dire étouffé pour des besoins de confort. Cela ne vous empêchera pas de sprinter de 0 à 100 km/h sous les 5 secondes tout en ayant le loisir de rouler à plus de 310 km/h ».

UNE CHAMPIONNE DU MONDE

Un inventaire rapide de l’aménagement intérieur permet d’admirer la qualité du cuir beige clair qui tapissait les sièges et la plupart des surfaces visibles de l’habitacle de notre voiture d’essai bleue. Le tableau de bord est dominé, à gauche de l’indicateur de vitesse et du compte-tours, par un écran carré réunissant la plupart des informations essentielles au conducteur tandis qu’une petite plaque apposée sur la droite vient vous rappeler que le constructeur de votre voiture a gagné cinq années de suite le championnat du monde des manufacturiers en Formule 1. Plutôt rassurant.

Il faut dire que les Ferrari d’aujourd’hui sont beaucoup plus fiables qu’elles ne l’étaient à l’époque des 328, une époque où n’importe quel office de protection du consommateur l’aurait décrite comme « non recommandable ».

Anyway, on n’est pas là pour parler de décoration intérieure ou du meilleur rapport qualité prix sur le marché. Comment se comporte la Ferrari des riches d’âge très mûrs qui optent pour une 612 Scaglietti ?

En prenant la relève de la superbe 456 (je parle du look surtout), ce modèle se rangeait d’emblée dans la catégorie des voitures mi-sportives, dans la mesure où les performances et le confort sont ses deux principales prérogatives. Le moteur, en laissant une portière ouverte nous fait découvrir cette musique exquise qui est le propre de tous les V12 de la marque. En revanche, en roulant, le bruit est tamisé pour ne pas dire étouffé pour des besoins de confort. Cela ne vous empêchera pas de sprinter de 0 à 100 km/h sous les 5 secondes tout en ayant le loisir de rouler à plus de 310 km/h. De quoi faire la manchette des journaux, n’est-ce pas ?

PAR RAPPORT À LA 456

Le moteur de 5,7 litres est monté en position centrale avant, ce qui signifie qu’il repose directement sur l’essieu avant et non pas partiellement en porte-à-faux. Il en découle une belle harmonie dans l’équilibre des masses qui garde la voiture solidement rivée au sol.

Pour avoir conduit à maintes reprises la 456M, il est facile d’apprécier la rigidité accrue du châssis (on parle de 60%). L’heureux acheteur a le choix d’une boîte manuelle à 6 rapports ou de la boîte robotisée de type F1 avec les palettes caractéristiques sur le volant. Les changements de rapport sont ou bien brutaux ou un peu plus doux, au choix du conducteur.

Personnellement, j’ai trouvé la direction à assistance sensible à la vitesse un brin trop légère à basse vitesse. Quant au comportement routier, il est disons rassurant, surtout depuis que la 612 Scaglietti est devenue la première Ferrari à offrir une suspension active avec un dispositif automatique de contrôle de la stabilité. Ne criez pas au scandale et sachez qu’il est au moins réglé pour intervenir tardivement, à un moment où la sortie de route est imminente.

Je ne m’étendrai pas plus longuement sur ce modèle dont les ventes sont minimalistes, mais si la 612 est le numéro négligé de la famille Ferrari, je serais prêt à le décrocher n’importe quand.