FERRARI F430 SPYDER 2007 : UN INVESTISSEMENT

ESSAIS ROUTIERS par Jacques Duval, July 18, 2006

Après avoir fait l’essai de la Lamborghini Gallardo Spyder, quoi de plus normal que d’enchaîner avec la référence dans cette catégorie sélecte, la Ferrari F430, également dans sa version décapotable ou spyder. C’est indéniablement l’une des voitures les plus convoitées au monde. D’accord, son prix est dissuasif mais il ne faut surtout pas se dire que l’on a pas les moyens de s’offrir une Ferrari. C’est d’abord très négatif de penser ainsi et de croire que l’on sera à jamais incapable de devenir propriétaire d’une telle voiture.

C’est se croire né pour un petit pain, un dicton québécois qui a malheureusement la vie dure comme je le constate chaque fois que j’écris un article sur une voiture de rêve très coûteuse. Arrêtez pour l’amour du ciel de vous croire condamné pour la vie à conduire des petites autos bon marché. Rêvez les jeunes et rêvez de préférence en couleurs. Sachez surtout que l’on cesse de vivre dès que l’on cesse de rêver. À titre d’exemple, le jeune homme qui m’a prêté sa Ferrari toute neuve pour cet essai en a attendu la livraison pendant près de deux ans. Il l’a acheté à crédit en sachant très bien qu’il pourrait la revendre plus cher à un acquéreur impatient qui en voudrait une tout de suite. Il a empoché plusieurs milliers de dollars qu’il a investis dans l’achat d’un autre modèle avec lequel il pourra sans doute jouer le même jeu. Bref, cela ressemble à un investissement plutôt qu’à une dépense et il a en plus la chance de conduire une Ferrari pendant quelques mois entre chacune de ses transactions.

Pardonnez-moi cet aparté et revenons à l’objet de vos rêves et des miens. Issue du constructeur automobile le plus titré sur cette planète, le spyder F430 représente l’ultime roadster alliant des performances prodigieuses au plaisir de rouler à ciel ouvert. Quoi de mieux pour agiter le drapeau italien pendant les célébrations de la Coupe du Monde de soccer.

MODENA…LA SUITE

Rappelons que cette Ferrari a pris le relais de la 360 Modena qui était déjà l’une des voitures les plus attirantes sur le marché. À prime abord, la différence entre les deux n’est pas tellement notable mais les fanatiques de la marque seront en mesure de pointer ce qui distingue la 360 de la 430. Le changement le plus visible est à l’arrière où la F430 épouse des feux de freinage ronds rappelant ceux de la célèbre Enzo. Et sous la voiture, un carénage joue le rôle d’extracteur d’air, une astuce aérodynamique issue de tout ce que le constructeur italien a appris au fil des années en disputant le championnat du monde de F1.

Le couvercle en plexi qui recouvre le moteur est toujours en place et permet d’admirer le nouveau V8 de 4,3 litres, d’où l’appellation du modèle 430, qui par rapport à la 360 a gagné 83 chevaux pour un total de 483 à 8500 tours-minute. Quant au couple, il se situe désormais à 343 livres pieds à 5250 tr/min. Et pour pouvoir bien exploiter toute cette puissance, la voiture emprunte aux formules 1 de la marque un différentiel électronique qui permet d’améliorer la motricité et la tenue de route. Une manette près du volant (la fameuse manettino) permet de régler la voiture selon l’usage que l’on compte en faire. Conduite sportive, conduite relax, conduite sur routes glissantes, etc.. Bien entendu, la boîte de vitesses F1 utilise des manettes sous le volant pour passer électroniquement les six rapports sans faire appel à un embrayage normal. Et chaque rapport est sélectionné en 150 millièmes de seconde. L’utilisation de la boîte F1 entraînait autrefois de vives secousses lors des passages de vitesses, une atteinte au confort qui a pratiquement disparue dans la F430.

L’avant du spyder jette un clin d’œil au passé avec ses deux grosses prises d’air elliptiques qui alimente les radiateurs. La forme de ces prises d’air est inspirée directement de la Formule 1 de 1961 qui avait permis à l’américain Phil Hill de remporter le championnat du monde des conducteurs. Dernier détail : les rétroviseurs sont supportés par un double bras comme sur la Testa Rossa des années 80.

BIENVENUE À BORD

Ouvrons la portière côté conducteur pour constater que Ferrari est bel et bien la propriété de Fiat. Le tableau de bord regroupe en effet des boutons ou commandes prélevées directement de modèles de série du leader de l’industrie automobile italienne. Ce n’est ni laid, ni beau mais simplement sous les normes d’une voiture de ce prix. Tout y est en revanche d’une grande simplicité, sans accessoires superflus. La fibre de carbone et le compte tours central à fond jaune donne un ton sportif agréable, sans excès. Quant au volant (plutôt banal), il fait plus que tourner les roues. Il possède un bouton qui permet de régler tout la dynamique de la voiture, soit son comportement routier à la limite. Ajoutons que le toit souple du spider s’escamote ou se remet en place en 20 secondes chrono. Par ailleurs, laissez-moi vous dire que la voiture est beaucoup plus jolie décoiffée qu’avec son bonnet des jours froid.

PLACE À LA MUSIQUE

Comme je l’ai souvent dit et écrit, chaque Ferrari mise d’abord et avant tout sur deux qualités primordiales : une carrosserie irrésistible et un moteur exceptionnel. Et la F430 poursuit cette tradition avec son V8 dont les premiers échos m’ont tout de suite projetés au zenith du plaisir. Je n’ai pu m’empêcher de pousser un grand cri de joie dès les premières accélérations. J’avais l’impression de recevoir une tape dans le dos à chaque montée en régime tout en remplissant mes oreilles de cette musique unique dont Ferrari a le secret. Deuxième constatation : la facilité d’adaptation à la voiture. Alors que la 360 Modena était très pointue à la limite et pouvait vous expédier dans un tête à queue sans vous prévenir trop trop , la F430 négocie chaque virage de Sanair comme si elle était vissée au bitume. On est très proche ici d’une voiture de course tellement la stabilité est remarquable à haute vitesse.

On peut en dire autant du freinage et à moins de vouloir aller rivaliser avec Patrice Brisebois dans le Ferrari Challenge, les disques en carbone ne sont pas absolument nécessaires. Déjà là, vous sauverez plusieurs milliers de dollars car les options Ferrari, comme celles de Porsche, sont outrageusement chères. En matière de confort, la F430 a aussi fait un bond en avant par rapport à sa devancière. Comme je l’ai écrit dans mon essai de la Lamborghini, cette Ferrari est toujours légèrement en avance sur la Gallardo, sa rivale numéro un. Je persiste à croire que cette dernière a un look plus spectaculaire mais c’
est là une question de goût, un détail qui ne se discute pas.

 

 

FICHE TECHNIQUE

FERRARI F430 SPIDER Prix 296 000 $ (prix sans options) Moteur V8 4,3 litres Puissance 483 ch @ 8000 tr/min Transmission Robotisée à 6 rapports, type F1 Freins disques ventilés Brembo Poids 1520 kg Pneus av./arr. 285/35 R 19 Goodyear à roulage à plat. 0-100 km/h 4,1 secondes 80-120 km/h 3,8 secondes Vitesse max. 315 km/h Consommation (100 km) 18,3 litres