BMW M6, Corvette Z06 et Ford GT : en trio à Sanair

COMPARATIFS par Jacques Duval, août 16, 2006

JOUR DE FÊTE À SANAIR : 1500 CHEVAUX EN LIBERTÉ

Quand quelques amis propriétaires de voitures de haute performance et peu enclins à s’adonner aux courses de rues vous demandent de les aider à les mettre à l’épreuve dans un environnement sûr – à l’abri des sirènes et des gyrophares – vous appelez votre ami Jacques Guertin. Propriétaire du circuit de Sanair, il a l’autorité d’accorder à ces exaltés de la vitesse un peu de temps de piste qui pourront d’éclater pendant quelques heures. Voilà comment je me suis retrouvé par un bel après-midi ensoleillé, au volant d’une Corvette Z06, d’une Ford GT et d’une BMW M6, trois jouets à la fois rares, coûteux et, tous animés par des moteurs de plus de 500 chevaux. Car, il fallait d’abord exécuter quelques tours de reconnaissance, prodiguer quelques conseils à nos amis et leur indiquer les pièges à éviter tout au long des 8 virages de ce petit circuit aménagé à même un petit ovale de stock-car et une piste d’accélération. Voici quelques chiffres et impressions de conduite recueillis au cours des divers exercices de la journée.

CORVETTE Z 06: La dominatrice

J’avais lu quelque part que la version ultra haute performance de la Corvette, la Z06, n’avait été battue sur le célèbre circuit du Nurburgring en Allemagne que par une Porsche Carrera GT lors d’une confrontation entre plusieurs voitures exotiques de très fort calibre. Je n’ai aucune difficulté à le croire maintenant que j’ai éclipsé mon propre record de piste à Sanair avec un époustouflant chrono de 56,5 secondes, soit trois secondes de mieux que mon temps de 59 secondes et des poussières établi il y a quelques années au volant d’une Mercedes-Benz E55.

Cette Z06 a toutes les propriétés ou presque d’une voiture de course: puissance (506 ch.), freinage, suspension, etc. À son volant, une BMW M3 qui me précédait pour quelques instants ressemblait à une chaise berçante, se balançant d’un côté à l’autre avec sa bonne part de roulis. Ce n’est pourtant pas la dernière venue. Même au freinage et malgré son poids inférieur, la Bavaroise n’arrivait pas à soutenir le rythme de la Corvette. Dans celle-ci, il suffit de bien se familiariser avec le passage de la seconde à la 3ème (on enclenche souvent la 5ème par erreur), pour en tirer des performances qu’aucune autre voiture qu’il m’ait été donné de conduire ne peut égaler. Peut-être une F430 Ferrari à bien y penser mais ce n’est pas gagné d’avance.

À Sanair, c’est au freinage surtout que j’arrivais à gagner sur la Ford GT en conservant jusqu’à la toute dernière seconde un air d’aller qui me permettait de lire 230 km/h au compteur. En boni, la Corvette Z06 vous offre un certain confort et sans avoir le moelleux d’une voiture de luxe, elle est « vivable » au quotidien. Quand on sait que cette version ne dépasse pas les 100 000 $, on n’est pas loin de l’aubaine du siècle en matière de rapport prix-performance. Merci à mon ami Gilles Lépine de m’avoir laissé user ses pneus. MEILLEUR TOUR DE PISTE : 56,5 secondes Quart de mille : 12,1 secondes 0-100 km/h-0 : 14,1 secondes

LA FORD GT : BELLE TRANSITION

Elle impressionne et déstabilise au premier contact avant de se montrer d’une docilité rarement souvent associée à une exotique de sa trempe. Alors que la Corvette accroche dans sa robe jaune clair, la GT séduit pas sa très faible hauteur et par cette allure élancée propre aux voitures de course. Ses lignes remontent à plus de 40 ans et elles n’affichent toujours aucune ride. Un chef d’œuvre de design, rien de moins. Une fois que l’on s’est cogné la tête sur cette « maudite » porte dont la partie supérieure fortement recourbée bloque quasiment l’accès au véhicule, on prend place dans un superbe baquet bien aéré pour y trouver une très bonne position de conduite. Compte tenu du gabarit particulier de l’engin, on est assis semi-couché avec une instrumentation bien alignée parfaitement dans notre champ de vision.

Le moteur V8 compressé de 558 ch. se montre d’entrée de jeu d’une souplesse remarquable et il se doit de l’être avec une boîte de vitesses aux rapports excessivement longs. Avec des rapports plus rapprochés, nul doute que la Ford GT eut été plus vite que la Z06 mais, dans ces circonstances, le couple est moins brutalement efficace. L’exploitation de la puissance en devient plus délicate et, comme dans la « Vette », il arrive que l’on sélectionne la 5ème au lieu de la 3ème. Le moteur central fait merveille pour l’équilibre des masses dans les longues courbes, mais sur un petit circuit comme celui de Sanair un virage de moyenne amplitude abordée trop vite peut précipiter la Ford GT dans un survirage très difficile à maîtriser compte tenu de la tendance qu’a la voiture à pivoter sur son axe. Ce n’en est pas moins une merveilleuse machine et d’un passage réussi de la piste à la route, malgré des contraintes de visibilité tant vers l’arrière que du côté droit. Merci à son proprio, Pierre Paquette. Meilleur tour chronométré : 58,1 secondes Quart de mille : 11,7 secondes 0-100 km/h-0 : 12,9 secondes

BMW M6 : Trop lourde pour son V10

Ses superbes roues en alliage et les divers éléments greffés à la caisse du coupé 645 confèrent à la M6 un look du tonnerre. Le V10 qui se terre sous le capot avant est l’autre atout d’une fiche technique qui commande le respect. Malgré tout, cette GT de 507 chevaux est plus une coureuse d’autobahn qu’une voiture de piste de plein droit. Elle est simplement trop lourde pour se prévaloir ici de sa puissance. Tant au freinage que dans les virages, les transferts de poids sont notables et viennent gruger de précieux dixièmes de secondes. Multipliés par 8 (le nombre de virages à Sanair), cela nous donne des temps juste à l’extérieur des 60 secondes. Malgré toute sa prestance, nous l’avons vite mise au rancart pour ne pas détruire ses pneus et abuser de sa boîte de vitesses séquentielle, truquée au début mais diablement efficace si l’on ne rechigne pas à se faire secouer de temps à autre par la rapidité de passage des rapports.

Cette fois, c’est Gilles Lépine qui nous a dit merci d’avoir épargné son second jeu de pneus de la journée. Après cette journée d’évasion automobile, une seule conclusion s’impose : comment pourrais-je prendre ma retraite et me priver de moments comme ceux-là ?