BENTLEY CONTINENTAL 2008 : la FLYING SPUR, un rapport qualité/prix discutable

ESSAIS ROUTIERS par Jacques Duval, janvier 3, 2007

Malgré sa flamboyante appellation, son poids colossal, sa taille imposante et ses excès en tout genre, la Bentley Continental Flying Spur ne m’a pas enjôlé comme je l’aurais souhaité. Son ascendance est pourtant très digne, tant il est vrai qu’il s’agit plus ou moins d’une version berline du fastueux coupé Continental, lui-même très apparenté à la Volkswagen Phaeton, disparue depuis peu du marché nord-américain.

À ce propos, permettez-moi de vous raconter une anecdote qui démontre assez clairement que Ferdinand Piëch avait un plan de rechange lorsqu’il a décidé de poser l’emblème populiste de la compagnie dont il était alors le PDG (VW) sur une voiture de grand luxe. Lors d’une conversation à bâtons rompus au cours de laquelle je lui avait demandé ce qu’il ferait si jamais la Phaeton était un échec, il m’avait répondu du tac au tac « nous en ferons une Bentley ».

Cinq ans plus tard, c’est exactement ce qui s’est produit et la belle usine vitrée de Dresde dans l’ancienne Allemagne de l’Est d’où sortait exclusivement auparavant les VW Phaeton se consacre désormais aussi à l’assemblage de la Bentley Continental Flying Spur qui fait l’objet de cet essai. Seul le moteur est assemblé à Crewe en Angleterre, même s’il s’agit à l’origine d’une mécanique VW-Audi. Il faut bien conserver un peu de la tradition. Quand une voiture coûte la peau des fesses comme celle-ci, soit 227 465 $, on est en droit de se montrer exigeant, de ne rien lui pardonner et c’est de cette façon que j’ai abordé cette anglaise naturalisée allemande depuis le rachat de la marque jumelle de Rolls-Royce par Volkswagen. Lors de cette acquisition très médiatisée, le même Monsieur Piëch avait aussi laissé entendre que le nom Bentley ne serait pas confiné à une limousine princière et que la gamme serait élargie vers le bas. C’est ce qui nous a donné le superbe coupé Continental et, aujourd’hui, la Flying Spur.

Mécaniquement, cette dernière ne diffère pas tellement de la VW Phaeton qui coûtait pourtant plus de deux fois moins cher.

UNE FINITION RELÂCHÉE

La Flying Spur n’est pas non plus de la race de ces voitures qui, au premier coup d’œil, nous font craquer. Le coupé Continental réussit cet exploit, mais la berline présente des lignes rabougries, somme toute assez banales. Heureusement que l’intérieur sauve la mise avec un amalgame de bois, de cuir, de chrome qui dégage une opulence indiscutable. S’il faut se montrer pointilleux, allons-y pour dire que la finition n’échappe pas à la critique, du moins dans ma voiture d’essai où une bande de caoutchouc était décollée sur la porte arrière droite tandis que la garniture de l’agrafe d’un des pares-soleil était mal arrimée. Ce genre de détail dérange dans une simple Volkswagen, alors essayer d’imaginer la déconvenue du propriétaire de cette Bentley qui vient d’aligner un quart de million de dollars pour rouler au sommet. Et ce n’est malheureusement pas tout ce qui n’allait pas dans ce palace roulant.

Malgré un kilométrage peu élevé, les symboles sur la clé de contact (lock,unlock, etc.) étaient déjà effacés. Bref, la Flying Spur a du Volkswagen dans les talons comme on peut le constater. Si la finition aurait besoin d’un peu plus de rigueur, la qualité des matériaux est quant à elle somptueuse, comme elle se doit de l’être. Comme disent nos amis les Français, la qualité du mobilier est superbe avec un cuir cognac de belle tenue, des chromes reluisants et un bois qui fait vrai.

La panoplie d’accessoires est spectaculaire mais j’ai cherché sans la trouver la caméra qui m’aurait permis de voir sur l’écran du GPS l’environnement arrière de la voiture au moment de faire marche arrière. C’est pourtant un accessoire de plus en plus courant. Si vous voulez faire appel à un chauffeur et vous prélasser à l’arrière, vous aurez tout le loisir de le faire en ayant l’assurance d’un maximum d’espace pour la tête et les jambes. Sans oublier la petite tablette en bois qui ne vous servira sans doute à rien compte tenu de la dégradation de nos routes et de la dureté des pneus qui entraînent des secousses désagréables au passage de trous ou de bosses sur la chaussée. Quant au coffre à bagages, sa profondeur n’a rien n’a envier à celle de la vedette féminine de Deep Throat (excusez-la). Après la Lexus LS 460 et son coffre minuscule, cette Bentley se débauche avec ses 475 litres d’espace utile.

IMPOSANTE, RIEN DE PLUS

Sur la route, là aussi, on est tantôt aux anges, tantôt désenchanté, tout dépend des circonstances. Les deux palettes sous le volant sont quasiment de la fausse représentation tellement elles ne correspondent nullement aux commandes d’une vraie boîte de vitesses robotisée. On a plutôt affaire à une vulgaire transmission automatique à 6 rapports avec un mode Tiptronic. Avec toute l’électronique embarquée, la réponse à l’accélérateur n’est pas toujours instantanée et un recours au « kick down » entraîne un délai agaçant avant que la cavalerie se manifeste. Cette dernière est sous les commandes du fameux moteur W12 6 litres de Volkswagen qui est ici gavé par deux turbos haussant sa puissance à 552 chevaux.

Avec quatre roues motrices en permanence, la voiture n’est pas sujette aux queues de poisson ou autres déhanchements propres à un tel déferlement de puissance. En tout temps, ce moteur plaît à l’oreille et dégage une force remarquable qui étonne un peu compte tenu de la lourdeur de cette machine (2475 kg). Malgré un réservoir de 90 litres, il ne faut pas trop s’exciter pour devoir s’arrêter à la pompe au bout de seulement 400 kilomètres. Car, il faut faire très attention pour ne pas dépasser les 18 litres aux 100. Plus souvent qu’autrement, votre moyenne rejoindra facilement les 20 litres.

Le comportement routier souffre d’abord d’une direction sans vie, peu communicative et derechef mal isolée des chocs de la route. Son durcissement en virage est aussi assez désagréable. L’autre faille de cette Flying Spur est son châssis que l’on sent dépassé par le poids énorme qu’il doit supporter. Sa rigidité est déficiente et entraîne sur mauvaise route des bruits trahissant un manque de fermeté de l’ensemble. Le confort ne s’en trouve pas altéré mais une voiture de ce rang ne devrait pas prêter le flanc à la critique, à ce chapitre.

Comme je l’écrivais au début, ce n’est pas parce que l’on porte le nom de Bentley et que l’on coûte une petite fortune que l’on est à l’abri des critiques. La Continental Flying Spur mérite d’être jugée sévèrement en raison même de la case spéciale qu’elle occupe dans le marché automobile. Vue sous cet angle, elle impressionne
peu et il faudrait faire preuve de la condescendance hypocrite qui caractérise certains essayeurs pour se pâmer devant une telle réalisation.

POUR : Noblesse des matériaux-Habitabilité- Performances de haut niveau-Traction intégrale-Volume du coffre-Équipement

CONTRE : Finition très perfectible-Châssis dépassé-Consommation contre nature-Mauvaise visibilité diagonale-Direction à revoir-Rapport qualité/prix discutable